Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force, Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit, Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix, Et quand il croit serrer son bonheur il le br
oie, Sa vie est un étrange et douloureux divorce.
Sa vie Elle ressemble à ces s
oldats sans
Armes, Qu'on avait habillés pour un autre destin, A quoi peut leur servir de se lever matin, Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains, Dites ces mots Ma
Vie Et retenez vos larmes.
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure, Je te p
orte dans moi comme un oiseau blessé, Et ceux-là sans savoir nous regardent passer, Répétant après moi les mots que j'ai tressés, Et qui pour tes grands yeux tout aussit
ôt moururent.
Le temps d'apprendre à vivre il est déjà tr
op tard, Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson, Ce qu'il faut de malheur pour la moindre
Chanson, Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson, Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guit
are.
Il n'y a pas d'amour qui ne soit à d
ouleur, Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri, Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri, Et pas plus que de toi l'
amour de la patrie, Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs, Il n'y a pas d'am
our
Heureux.
Louis Aragon, La diane Française